Sécurité privée

POEI en sécurité privée : le levier de financement qui reste quand France Travail se retire

Depuis janvier 2025, les organismes de formation en sécurité privée le constatent sur le terrain : France Travail ne finance quasiment plus de formations initiales dans la branche. Ce n’est pas une impression — c’est la traduction concrète d’un budget national de la formation professionnelle en forte contraction depuis le PLF 2025. Dans ce contexte, un dispositif reste largement sous-utilisé alors qu’il est quasiment le seul encore mobilisable : la Préparation Opérationnelle à l’Emploi Individuelle (POEI), portée par l’investissement direct des entreprises de sécurité auprès des organismes de formation de la branche.

Depuis 2025, la formation professionnelle sous contrainte budgétaire

Le décrochage n’est pas propre à la sécurité privée : c’est l’ensemble du financement public de la formation des demandeurs d’emploi qui s’est resserré à partir de l’exercice 2025.

  • Le projet de loi de finances pour 2025 a acté une enveloppe emploi-formation ramenée à environ 3,5 milliards d’euros, soit 1,2 milliard d’euros de moins que l’exercice précédent — avec, spécifiquement, un recul de 230 millions d’euros des crédits d’achat de formation du Plan d’Investissement dans les Compétences versés via France Travail.
  • Le budget de France compétences poursuit sa baisse en 2026 : environ 1,5 milliard d’euros de moins qu’en 2025, une première depuis la création de l’établissement.
  • Les Pactes régionaux d’investissement dans les compétences (PRIC), qui financent une partie des parcours des demandeurs d’emploi en région, chutent de 56 % entre 2025 et 2026 (377 M€ contre 854,9 M€).
  • Même l’Aide Individuelle à la Formation (AIF), plafonnée en théorie à 8 000 € (5 000 € pour les bénéficiaires d’un CSP), voit son plafond pratique fixé bien plus bas par de nombreuses agences — de l’ordre de 1 500 € de frais pédagogiques dans certains territoires. Un montant très en deçà du coût réel d’un TFP APS ou d’une formation SSIAP.

Résultat concret pour un demandeur d’emploi qui vise un métier de la sécurité privée : les guichets de financement individuel historiques (AIF, POEC collective) se ferment ou se raréfient, sans qu’un dispositif de remplacement à la même échelle ait été mis en place.

Sources officielles : rapport du Sénat sur le PLF 2025 — Travail et emploi · annexe PLF 2026

Le POEI, dernier levier concret en sécurité privée

La Préparation Opérationnelle à l’Emploi Individuelle (POEI) est une aide de France Travail qui permet à une entreprise ayant identifié un candidat — sans lui garantir un contrat préalable au sens juridique, mais avec un engagement réel de recrutement à l’issue — de financer la formation nécessaire pour occuper le poste. Depuis la loi pour le plein emploi du 18 décembre 2023, l’ancienne AFPR (Action de Formation Préalable au Recrutement) a été fusionnée dans le dispositif POEI.

Point important : la POEI dépend bien de France Travail, mais pas de l’agence classique qui suit le candidat dans sa recherche d’emploi. C’est une aide à l’employeur, instruite par le service entreprise de France Travail — les conseillers dédiés aux entreprises qui recrutent, distincts des conseillers qui accompagnent les demandeurs d’emploi. C’est ce service qu’il faut identifier et solliciter en priorité pour monter un dossier.

À ne pas confondre avec la POEC (version collective, portée par les branches professionnelles pour former plusieurs demandeurs d’emploi sur un métier en tension identifié) : la POEI est individuelle, adossée à une entreprise et à un candidat précis.

Durée et montants

  • Durée maximale : 400 heures en règle générale, portée à 450 heures lorsque la formation est dispensée par un organisme externe certifié Qualiopi — jusqu’à 600 heures pour les publics prioritaires du Plan d’Investissement dans les Compétences.
  • Montant de l’aide : plafonné à 5 € net de l’heure pour une formation réalisée en tutorat interne, ou au montant du devis établi par l’organisme de formation externe et validé par France Travail — c’est ce second cas qui concerne la quasi-totalité des formations sécurité privée (TFP APS, SSIAP, habilitations).
  • Rémunération du stagiaire : s’il n’est pas indemnisé par ailleurs, il peut bénéficier de la Rémunération de Formation France Travail (RFFT), fixée à 775,65 € par mois en 2026 pour un parcours à temps plein.
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Pourquoi les entreprises boudent encore le dispositif

Sur le terrain, le constat est presque paradoxal : alors que la POEI est devenue le principal levier de financement disponible, une large partie des entreprises de sécurité privée ne la mobilise pas — ou mal.

Les freins constatés sont rarement économiques et presque toujours liés à la méconnaissance du dispositif :

  • La confusion persistante entre POEI et POEC, ou avec d’anciens dispositifs (AFPR) disparus depuis 2023.
  • L’idée reçue qu’un engagement d’embauche formel doit être sécurisé très en amont, alors que le montage se fait en parallèle de l’identification du candidat.
  • Le réflexe de renvoyer le financement au candidat lui-même (CPF, AIF) — des guichets aujourd’hui trop étroits pour couvrir le coût réel d’un TFP APS ou d’un SSIAP, comme vu plus haut.
  • Le manque de lien direct et régulier entre les entreprises de sécurité et le service entreprise de France Travail spécialisé sur les métiers de la branche, faute d’interlocuteur identifié sur chaque territoire.

Ce désaccord entre un besoin de recrutement réel et un dispositif de financement sous-mobilisé pèse directement sur le vivier de nouveaux agents disponibles pour la branche.

Comment monter un dossier POEI avec un organisme de formation

Dans la quasi-totalité des cas en sécurité privée, la formation est confiée à un organisme externe certifié Qualiopi — condition indispensable pour que le dossier soit recevable par France Travail. La procédure se déroule en quatre étapes :

  1. Identifier le besoin et le candidat — l’entreprise repère un profil (souvent déjà inscrit comme demandeur d’emploi) qu’elle s’engage à recruter à l’issue de la formation.
  2. Construire le devis avec l’organisme de formation — le programme (TFP APS, SSIAP, habilitation) et son coût pédagogique sont formalisés par l’OF, sur la base du poste visé.
  3. Déposer le dossier auprès du service entreprise de France Travail (et non de l’agence qui suit le candidat), avec l’engagement d’embauche de l’entreprise et le devis validé par l’OF.
  4. Démarrer la formation une fois le dossier accepté, puis procéder à l’embauche conformément à l’engagement pris.

Point clé : plus l’entreprise et l’organisme de formation travaillent en amont avec le service entreprise de France Travail localement — plutôt que de déposer un dossier isolé — plus le délai d’instruction se raccourcit et plus le dispositif devient prévisible pour planifier une session.

Le risque du « yo-yo » de la politique publique

Le dispositif lui-même n’est pas à l’abri des à-coups budgétaires. Début 2026, les organisations professionnelles de la sécurité privée ont publiquement alerté sur un « effet yo-yo de la politique publique » de formation et d’emploi : l’introduction d’un reste à charge de 30 % sur la POEI a été envisagée, avant d’être reportée après l’intervention des acteurs du secteur — sans que la trajectoire à moyen terme soit clarifiée depuis.

La feuille de route 2026 de France Travail confirme par ailleurs un recul du nombre de POEC financées, partiellement compensé par une hausse du budget POEI par rapport à 2025, avant une fusion des deux dispositifs annoncée dès 2027. Autant de signaux qui rendent la planification difficile pour les organismes de formation comme pour les entreprises qui structurent leur recrutement sur plusieurs mois.

Source : AEF Info, mars 2026

Le regard de Xavier MAQUIN

Xavier MAQUIN, président de NEMTY Formation, observe au quotidien l’écart croissant entre les besoins de recrutement de la branche et les moyens mis à disposition pour y répondre.

« C’est un peu le serpent qui se mord la queue. L’État confie de plus en plus de missions de terrain à la branche prévention-sécurité, mais se désengage en parallèle du financement de la formation initiale de ceux qui doivent les assurer. La POEI reste un levier indispensable — et pourtant les entreprises la boudent encore par simple méconnaissance. »

Pour lui, la sortie de cette impasse ne passe ni par l’organisme de formation seul, ni par l’entreprise seule : OF et entreprises de sécurité doivent travailler main dans la main, en intégrant systématiquement le service entreprise de France Travail de chaque territoire au montage des dossiers — plutôt que de le traiter comme une simple formalité administrative en fin de parcours.

Concrètement, cela suppose des points réguliers entre organismes de formation, entreprises et conseillers entreprise de France Travail spécialisés sur les métiers de la sécurité, territoire par territoire — une démarche que NEMTY Formation engage sur ses zones d’implantation en Deux-Sèvres, Vendée, Charente-Maritime et Vienne. C’est à cette condition que le dispositif pourra bénéficier à un plus grand nombre, et que la branche pourra continuer à renouveler son vivier d’agents.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre la POEI et la POEC ?

La POEI (individuelle) est adossée à une entreprise et à un candidat identifié, avec un engagement de recrutement à l’issue de la formation. La POEC (collective) est organisée par les branches professionnelles pour former plusieurs demandeurs d’emploi simultanément sur un métier en tension, sans lien préalable avec une entreprise précise. Les deux dispositifs devraient fusionner dès 2027 selon la feuille de route 2026 de France Travail.

Une entreprise de sécurité privée peut-elle financer un TFP APS via la POEI ?

Oui, c’est le cas d’usage le plus courant. L’entreprise identifie un candidat qu’elle s’engage à recruter, construit un devis avec un organisme de formation certifié Qualiopi comme NEMTY Formation, puis dépose le dossier auprès du service entreprise de France Travail — l’interlocuteur employeur, distinct de l’agence qui suit le candidat. L’aide couvre alors le montant du devis validé, dans la limite de 450 heures pour une formation dispensée par un organisme externe.

Le reste à charge de 30 % sur la POEI va-t-il s’appliquer à la sécurité privée ?

La mesure a été envisagée début 2026 puis reportée après l’intervention des organisations professionnelles du secteur, mais aucune clarification définitive n’a été communiquée depuis. Les entreprises qui montent un dossier doivent vérifier les conditions en vigueur auprès du service entreprise de France Travail au moment du dépôt.

Pourquoi l’AIF ne suffit-elle plus à financer seule une formation sécurité privée ?

Le plafond théorique de l’AIF est de 8 000 € (5 000 € pour les bénéficiaires d’un CSP), mais de nombreuses agences France Travail appliquent en pratique un plafond bien plus bas — de l’ordre de 1 500 € de frais pédagogiques dans certains territoires. Ce montant ne couvre souvent qu’une fraction du coût réel d’un TFP APS ou d’une formation SSIAP, ce qui pousse à privilégier la POEI lorsqu’une entreprise est prête à s’engager sur le recrutement.

Vous recrutez des agents de sécurité et n’avez jamais monté de dossier POEI ?

NEMTY Formation, certifié Qualiopi, vous accompagne dans la construction du devis et la liaison avec le service entreprise de France Travail, pour transformer un besoin de recrutement en formation financée. Échangeons sur votre situation avec Xavier MAQUIN.

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