Sécurité privée

Sécurité privée : recruter et former quand le financement se referme

La branche de la sécurité privée employait 210 500 salariés au 31 décembre 2023. La même année, elle a enregistré 193 350 entrées et 185 350 sorties : l'équivalent de 92 % et 88 % de son effectif a changé de place en douze mois. Derrière cette rotation, deux sujets qui commandent tous les autres — le recrutement et la formation — et une mécanique de financement qui s'est resserrée en moins de deux ans.

Nous livrons ici un constat en deux registres, volontairement séparés : d'un côté les données publiées par la branche et les textes en vigueur, de l'autre ce que nous observons depuis le centre de formation. NEMTY Formation est autorisé par le CNAPS et certifié Qualiopi ; établi en Deux-Sèvres, il intervient en Charente-Maritime, en Vendée et dans la Vienne, et prépare au TFP Agent de prévention et de sécurité comme aux trois niveaux SSIAP.

Recrutement : ce que montrent les données de branche

Panorama statistique emploi et formation professionnelle, branche sécurité privée, exercice 2023 — Observatoire d'AKTO, avril 2025. Données au 31 décembre 2023.
IndicateurBranche au 31/12/2023Repère
Salariés à temps partiel23,5 %15 % fin 2013
Durée des temps partiels50 % sous 24 h par semaine—
Temps partiel dans les TPE57 % (moins de 11 salariés)16 % au-delà de 50 salariés
CDI parmi les embauches26,5 % des embauches de 202343 % en 2021
Rotation des effectifs193 350 entrées / 185 350 sorties92 % et 88 % de l'effectif
Anciennetéplus de 60 % sous 5 ansmoyenne de 5,5 ans

En dix ans, le temps partiel a gagné huit points et demi. Et la part des CDI dans les embauches annuelles est tombée sous le tiers : 71 % des embauches de 2023 se sont faites en CDD, contre 61 % en 2022.

Ce que nous observons depuis le centre de formation

  • L'offre faite à un agent qui sort de formation est rarement un temps plein. Le contrat à durée indéterminée à temps complet existe, mais il se gagne après plusieurs mois.
  • Un candidat sans perspective d'emploi durable ne monte pas un dossier finançable : les dispositifs reposent sur la notion de sortie positive, que le marché ne propose plus sous cette forme.
  • Les conditions d'emploi sont connues des candidats avant l'entrée en formation. Une part y renonce à ce stade ; d'autres quittent la filière dans les deux premières années.

Autrement dit, la difficulté de recrutement ne commence pas au moment de l'embauche : elle se joue en amont, dans la décision de se former ou non.

Financement : ce qu'ont changé les textes depuis 2024

Trois décrets ont modifié, en moins de deux ans, les conditions de financement d'une formation par le compte personnel de formation.

Décrets n° 2024-394 du 29 avril 2024, n° 2026-127 du 24 février 2026 et n° 2026-234 du 30 mars 2026.
Depuis leTexteEffet sur le financement
2 mai 2024décret n° 2024-394participation forfaitaire de 100 € à la charge du titulaire du CPF
1er janv. 2026indexationparticipation portée à 103,20 €
26 févr. 2026décret n° 2026-127prise en charge CPF plafonnée à 1 500 € pour le répertoire spécifique
2 avril 2026décret n° 2026-234participation forfaitaire portée à 150 €

Les demandeurs d'emploi inscrits sont exonérés de la participation forfaitaire. Celle-ci pèse donc sur les salariés et les indépendants — c'est-à-dire sur l'agent en poste qui veut se qualifier, souvent, au vu des chiffres ci-dessus, un agent à temps partiel.

Le MAC, la carte professionnelle et le plafond de 1 500 €

Le maintien et l'actualisation des compétences conditionnent le renouvellement de la carte professionnelle, délivrée pour cinq ans. Un agent qui ne finance pas son MAC perd son titre, donc son emploi : le financement ne commande pas seulement l'entrée dans le métier, il commande le maintien en activité.

Les trois niveaux SSIAP sont enregistrés au répertoire spécifique sous les numéros RS 5641, 5642 et 5643. Le plafond de 1 500 € est inférieur au coût d'un SSIAP 2 ou d'un SSIAP 3, qualifications pourtant exigées pour les fonctions de chef d'équipe et de chef de service.

Le TFP APS, enregistré au RNCP sous le numéro 36648, n'est pas concerné par ce plafond : il relève du répertoire national des certifications professionnelles, que le décret du 24 février 2026 ne vise pas.

Demandeurs d'emploi : le blocage est ailleurs

Pour un demandeur d'emploi, la participation forfaitaire ne s'applique pas. La difficulté se déplace : l'aide individuelle à la formation suppose un accord préalable, ne joue pas rétroactivement et s'efface devant tout autre financeur compétent.

Les dispositifs préparatoires à l'emploi, eux, restent marginaux à l'échelle de la branche : 3 799 stagiaires en POEC en 2023, pour 210 500 salariés. La même année, les maintiens et actualisations des compétences ont concerné 24 920 stagiaires, pour un montant moyen engagé de 394 € sur crédits de l'État et de 216 € sur le plan conventionnel.

Ce que nous constatons dossier après dossier :

  • Les aides individuelles sont refusées, ajournées, ou instruites dans des délais incompatibles avec le calendrier d'une session, y compris lorsqu'une entreprise a identifié le besoin.
  • Le blocage est circulaire : pas de promesse d'embauche sans carte professionnelle, pas de carte professionnelle sans formation.
  • Le montage des dossiers s'est alourdi — portails, pièces, délais, autorisation préalable du CNAPS. Pour une partie du public que nous recevons, cet empilement constitue à lui seul un motif d'abandon.
  • La préparation opérationnelle à l'emploi individuelle (POEI) reste le dispositif le plus efficace : besoin identifié, candidat connu, embauche à la clé. Deux limites en restreignent la portée : les entreprises la connaissent mal, et celles qui la mobilisent ne choisissent pas le centre de formation — l'arbitrage se fait sur le coût horaire, non sur la proximité ou la connaissance du poste à pourvoir.

Voir aussi : POEI en sécurité privée : le levier de financement qui reste quand France Travail se retire.

La branche a bougé, le reste du système non

Il serait injuste de dire que rien n'a été fait. La branche prévention-sécurité a beaucoup avancé sur deux terrains :

  • Le financement des qualifications. Les maintiens et actualisations des compétences et le CCC APSGE sont pris en charge dans le cadre conventionnel de branche, via l'ADEF. Pour un employeur qui s'organise, le recyclage de ses agents est finançable.
  • Les niveaux de salaires. Les grilles ont été revalorisées, et c'est un vrai mouvement : le métier paie mieux qu'il y a cinq ans.

Mais dans le même temps, deux évolutions tirent dans l'autre sens.

La durée minimale d'une prestation est passée de 4 à 6 heures. C'est une protection pour l'agent, et elle était attendue. Côté client, c'est un surcoût immédiat sur chaque vacation : les petits sites, les commerces, les événements courts ont du mal à la pérenniser. Quand le budget ne suit pas, ce n'est pas la durée qui s'allonge, c'est la prestation qui disparaît — et le poste avec elle.

Les aides individuelles à la formation sont suspendues depuis janvier 2025, y compris pour un demandeur d'emploi qui vise un métier reconnu en tension. Et comme le MAC APS n'est pas éligible au compte personnel de formation, un ancien agent dont la carte est périmée se retrouve sans aucune porte d'entrée : ni CPF, ni AIF, et pas d'employeur prêt à financer un recyclage pour quelqu'un qu'il ne peut pas encore embaucher.

D'un côté la branche finance et revalorise, de l'autre le financement public se retire et le coût d'exploitation augmente. Les deux mouvements ne se compensent pas : ils se croisent.

Autorisation préalable : le TAJ ne distingue pas le témoin du mis en cause

Avant d'entrer en formation, tout candidat doit obtenir une autorisation préalable du CNAPS. L'instruction s'appuie notamment sur le traitement d'antécédents judiciaires (TAJ), un fichier de police qui recense les personnes apparues dans une procédure.

C'est là que le bât blesse : une personne entendue comme témoin y figure au même titre qu'une personne mise en cause. La procédure d'instruction est la même, et l'issue l'est souvent aussi — refus ou ajournement. Le candidat, lui, n'a parfois jamais été poursuivi, encore moins condamné.

Pour nous, cela se traduit par des dossiers qui s'arrêtent sans que personne ne puisse en expliquer la raison au candidat. Pour l'entreprise qui comptait sur lui, c'est un recrutement perdu. Et pour l'intéressé, une sanction qui ne dit pas son nom, sur un fait dont il n'était pas l'auteur.

Faut-il simplifier, ou faire confiance aux acteurs ?

Mis bout à bout — textes de financement qui changent trois fois en deux ans, plafonds par répertoire, aides suspendues, autorisation préalable, durée minimale de vacation, obligations de l'employeur —, l'ensemble est devenu difficile à suivre pour tout le monde : pour les organismes de formation, pour les sociétés de sécurité, et d'abord pour les agents eux-mêmes, dont la carrière dépend de règles qu'ils ne maîtrisent pas.

Deux pistes nous paraissent mériter le débat :

  • Simplifier les procédures plutôt que d'en ajouter : un guichet, des délais tenus, des critères stables sur la durée d'un parcours de formation. La stabilité vaut parfois mieux qu'un dispositif de plus.
  • Permettre aux acteurs de prendre leurs responsabilités, en confiant plus souvent des missions aujourd'hui régaliennes à des professionnels formés, contrôlés et certifiés. La branche a montré qu'elle savait financer ses qualifications et revaloriser ses métiers ; elle peut aussi assumer davantage, à condition qu'on lui en donne le cadre.

Ce n'est pas un plaidoyer pour moins de contrôle. C'est un constat : un système qui se complexifie plus vite que ses acteurs ne peuvent l'absorber finit par écarter ceux-là mêmes qu'il devait protéger.

Le regard de Xavier MAQUIN

Xavier MAQUIN, président de NEMTY Formation, suit ces dossiers de financement session après session.

« On demande à la branche de professionnaliser ses agents, et on plafonne au même moment la prise en charge des qualifications qui servent à les encadrer. Un SSIAP 2 ou un SSIAP 3 coûte davantage que 1 500 €. Le compte personnel de formation ne suffit plus à les financer, alors que ce sont précisément les niveaux dont les entreprises manquent. »

Son constat tient en une phrase : la formation n'est plus seulement la porte d'entrée du métier, elle en est devenue la condition de maintien. Un agent dont le MAC n'est pas financé ne perd pas une occasion de progresser, il perd sa carte professionnelle, donc son emploi.

Pour les entreprises, la conséquence est immédiate : anticiper les échéances de carte professionnelle de leurs agents et sécuriser le financement des recyclages revient moins cher qu'un poste vacant à remplacer dans l'urgence.

« La branche a fait sa part : elle finance les MAC et le CCC, elle a revalorisé les salaires. Ce qui coince, c'est tout ce qui s'empile autour. À un moment, il faudra choisir : soit on simplifie les procédures, soit on accepte de faire confiance à des professionnels formés et contrôlés pour prendre des responsabilités plus larges. »

Questions fréquentes

Combien reste-t-il à payer sur une formation financée par le CPF ?

Depuis le 2 avril 2026, la participation forfaitaire à la charge du titulaire du compte est de 150 €, après être passée de 100 € en mai 2024 à 103,20 € au 1er janvier 2026. Les demandeurs d'emploi inscrits en sont exonérés. S'y ajoute, pour les certifications du répertoire spécifique, le plafond de prise en charge de 1 500 € instauré le 26 février 2026 : au-delà, la différence reste à la charge du stagiaire ou d'un autre financeur.

Le plafond de 1 500 € s'applique-t-il au TFP APS ?

Non. Le TFP Agent de prévention et de sécurité est enregistré au répertoire national des certifications professionnelles sous le numéro RNCP 36648. Le plafond du décret n° 2026-127 vise les certifications du répertoire spécifique, dont relèvent les SSIAP 1, 2 et 3 (RS 5641, 5642 et 5643).

Que se passe-t-il si un agent ne finance pas son MAC ?

La carte professionnelle est délivrée pour cinq ans et son renouvellement est conditionné au maintien et à l'actualisation des compétences. Sans MAC, l'agent perd son titre, et avec lui la possibilité d'exercer. Le financement de cette remise à niveau conditionne donc le maintien en activité, pas seulement la progression de carrière.

Le MAC APS est-il éligible au CPF ?

Non. Le maintien et l'actualisation des compétences des agents de prévention et de sécurité ne figure pas parmi les formations finançables par le compte personnel de formation. Le financement passe donc par l'employeur, par les fonds conventionnels de branche gérés avec l'ADEF, ou reste à la charge de l'agent. Depuis la suspension des aides individuelles à la formation en janvier 2025, un ancien agent sans employeur n'a plus de dispositif individuel pour remettre sa carte professionnelle à jour.

Une simple mention au TAJ peut-elle bloquer une entrée en formation ?

Oui. L'autorisation préalable délivrée par le CNAPS s'appuie notamment sur le traitement d'antécédents judiciaires, qui recense les personnes apparues dans une procédure — qu'elles aient été mises en cause ou seulement entendues comme témoins. La procédure d'instruction ne distingue pas les deux situations, et l'issue est souvent la même : refus ou ajournement, sans qu'il y ait eu poursuite ni condamnation.

Pourquoi la part de CDD rend-elle le financement plus difficile ?

Parce que la plupart des dispositifs s'appuient sur une perspective d'emploi durable : engagement d'embauche pour la POEI, notion de sortie positive pour les aides individuelles. Quand 71 % des embauches de la branche se font en CDD et que 23,5 % des salariés sont à temps partiel, cette perspective est plus difficile à démontrer au moment du montage du dossier, alors même que le besoin de recrutement, lui, est réel.

Vous recrutez en sécurité privée, ou vous devez financer le MAC de vos agents ?

NEMTY Formation, autorisé par le CNAPS et certifié Qualiopi, vous aide à identifier le bon financement et à monter le dossier dans les délais d'une session. Échangeons sur votre situation avec Xavier MAQUIN.

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